La récente étude menée par Haak et coll. sur l’éclosion de Klebsiella pneumoniae productrice d’OXA-181-carbapénèmases liée à une endoscopie gastro-intestinale a mis en lumière un problème critique dans les soins de santé : la contamination par l’endoscope1. Ce problème, que l’on tend à associer uniquement à l’utilisation des duodénoscopes, est maintenant reconnu comme étant un défi plus vaste qui touche divers types d’endoscopes, y compris les gastroscopes et les coloscopes2. Les résultats de cette étude mettent également en relief le rôle des biofilms dans la contamination persistante et la pressante nécessité d’améliorer les protocoles de nettoyage, notamment pour les canaux air-eau de ces instruments.
Les chercheurs se sont intéressés à une importante éclosion de Klebsiella pneumoniae résistante aux carbapénèmases liée à une endoscopie gastro-intestinale, comportant également des interventions de contrôle des infections. La phase précoce de l’éclosion a été détectée chez 19 patients, dont 16 avaient subi une endoscopie gastro-intestinale. Le retraitement a été vérifié, les anciens endoscopes ont été remplacés par de nouveaux et un examen microbiologique systématique des nouveaux endoscopes a été effectué. Après une seconde série de suivi, on a isolé la souche de l’éclosion chez un total de 32 patients et de deux endoscopes retraités.

Au-delà des duodénoscopes
Bien que les duodénoscopes aient été au centre des préoccupations liées à la contamination, en raison de leur design délicat, cette étude a contribué à l’accumulation des preuves suggérant que d’autres types d’endoscopes sont également vulnérables2. Dans le cas de cette éclosion particulièrement, la contamination ne s’est pas limitée aux canaux des instruments, mais a également été observée dans les canaux air-eau des coloscopes utilisés, ainsi que dans les nouveaux gastroscopes. Une vérification complète des procédures de retraitement des installations a été effectuée et n’a révélé aucune inadéquation. Ce résultat est alarmant, car il indique que malgré la conformité des protocoles de retraitement auxquels les endoscopes au design plus simple sont soumis, les biofilms peuvent persister et faciliter la transmission d’organismes multirésistants.
Canaux air-eau : un point faible
La détection de la souche de l’éclosion dans les canaux air-eau des endoscopes retraités révèle un point faible potentiel dans les pratiques de nettoyage actuelles. Ces canaux, en raison de leur diamètre étroit, sont difficiles à nettoyer manuellement et sont rincés uniquement avec un détergent, conformément au mode d’emploi du fabricant de l’endoscope. Les résultats de l’étude menée par Haak et coll. suggèrent que l’humidité et les substances organiques résiduelles dans ces canaux créent un environnement idéal pour la formation d’un biofilm1. Cela souligne la nécessité de stratégies de nettoyage ciblées pour traiter plus efficacement ces zones spécifiques.
Biofilm à accumulation cyclique : représentatif du biofilm résistant présent dans les endoscopes utilisés en clinique
Le biofilm présent dans les endoscopes à usage clinique se fixe souvent à la surface à la suite de cycles de DHN et de séchage répétés, et, le cas échéant, un processus à action mécanique est essentiel pour arriver à l’éliminer4. Les modèles traditionnels sont généralement des biofilms mono-organiques qui sont hydratés en continu et ne modélisent pas la croissance du biofilm dans des canaux de divers diamètres6. Le modèle de biofilm à accumulation cyclique, élaboré par Alfa et Howie5, représente les multiples cycles de DHN et de séchage pouvant mener à la fixation du biofilm. Ce modèle est la représentation disponible la plus proche du biofilm isolé des endoscopes à usage clinique.

Conclusion
Les résultats de l’étude de Haak et coll. sont un avertissement pour la communauté des soins de santé. La contamination par endoscope ne se limite pas aux duodénoscopes et peut être influencée de manière significative par la formation d’un biofilm. La présence de biofilm dans les canaux air-eau exige un changement dans les protocoles de nettoyage afin de s’assurer que ces zones critiques sont traitées de manière adéquate. Des méthodes de nettoyage améliorées, des vérifications régulières et, la redéfinition du design des canaux de l’endoscope pour faciliter un meilleur nettoyage sont des étapes possibles pour l’atténuation du risque de transmission des infections. Au fil de la progression de la technologie médicale, nos pratiques de contrôle des infections doivent évoluer pour s’adapter à ces défis, tout en veillant à ce que la sécurité des patients demeure primordiale.
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